L’aménagement des rives de l’Aisne à Soissons (02) : la redécouverte de l’espace fluvial en cœur de ville
Avec un linéaire de 9 kilomètres et des séquences contrastées : naturelle au nord, urbaine dans la partie centrale, industrielle dans la partie sud-est, la rivière « Aisne » est une richesse pour la ville de Soissons.
Sujettes aux épisodes de crues, les rives droite et gauche de la rivière ont été réaménagées en cœur de ville lors des quatre dernières années. Les berges permettent aujourd’hui de redécouvrir un site géographique remarquable où trame verte et espace fluvial cohabitent parfaitement.
Plus de 40 000 m2 ont été réaménagés en privilégiant la désimperméabilisation, l’orientation des eaux de ruissellement vers la végétation et la plantation d’espèces végétales utiles au ralentissement de l’érosion.
200 arbres plantés tout au long des nouvelles berges - Crédits photo : Ville de Soissons
Les travaux ont permis de renforcer l’attractivité et la qualité des espaces urbains tout en valorisant le potentiel naturel de la rivière et de ses berges.
L'interview
Pour quelles raisons ce vaste projet de réaménagement des berges s’est-il imposé à l’agenda de votre commune ?
Tout d’abord, la rivière Aisne a toujours été un élément central et structurant du développement urbain à Soissons. Ce lien a été perdu au fil des années. Il fallait redémarrer quelque chose en partant de ce formidable potentiel. On partait de loin. Les quais bas étaient en mauvais état et peu lisibles, le quai haut était colonisé par le stationnement au détriment du piéton et de la végétation. Les espaces verts résiduels étaient non intégrés. De vieux silos, symboles d’un passé industriel révolu, donnaient un impact visuel lourd et pesant en arrivant en cœur de ville. La récupération des berges et le retournement de la ville vers sa rivière ont été comme une évidence pour redonner une image valorisante de la ville. C’était aussi l’occasion pour la ville de revoir sa gestion des eaux pluviales, en aménageant les nouveaux espaces de manière plus naturelle.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
La traversée de l’Aisne en cœur de ville offre des contrastes importants selon les secteurs. C’est la valorisation de ces contrastes et de ce potentiel naturel qui a été le fil conducteur du projet. L’Aisne a été notre source d’inspiration ! L’un des enjeux principaux était de renouer des liens perdus en redonnant leurs différentes fonctions aux berges. Création d’espaces publics qualitatifs, intégration urbaine, dynamisation du centre ville… Il s’agissait avant tout de remettre le fleuve au cœur de la ville et de la vie.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Oui, une étude d’impact a été réalisée par le bureau d'études Sage Environnement pour l’ensemble du projet d’aménagement des berges, rive droite et rive gauche. Il fallait une instance capable de donner une vision cohérente à l’ensemble. Le projet s’articule autour de 3 grandes séquences qu’il fallait interconnecter. C’est le bureau d'ingénierie Infraservices en tant que co-traitant, qui a porté et mis en œuvre les études.
Quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Au-delà des approches techniques, de multiples sujets sont venus se greffer à la refonte de ce cœur urbain. Génie civil, écologique, économique, les dimensions étaient multiples et avouons le, un peu sous-estimées lors de la phase de réflexion. Nous pouvons citer l’aménagement d’une zone portuaire adaptée au développement de l’activité économique mais aussi configurée pour devenir un espace d’accueil pour l’organisation d’événements et d’animations éphémères. La place donnée à la végétalisation des berges, la gestion des eaux pluviales, le traitement des raccordements aux quais, la mise en valeur du patrimoine urbain, le développement de nouvelles zones commerciales…
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré l’adhésion des citoyens ?
Des réunions publiques ont été organisées, des articles ont été publiés dans le journal de la ville. Au-delà de la démolition des anciens ouvrages (anciens silos près des quais et ancienne passerelle), nous avons cherché à expliquer toute la dimension du projet, notamment pour le cadre de vie. L’adhésion est venue assez naturellement, il y avait aussi une forme d’impatience à voir les travaux se mettre en route. La démolition et la construction de la nouvelle passerelle piétonne a été un moment important en amont du projet d’aménagement. La population constate concrètement l’avant et l’après de la transformation du paysage urbain. Les habitants ont sans doute pris conscience qu’il était possible de se réapproprier les lieux et de leur donner de nouveaux usages.
Comment le projet a-t-il été financé ?
Le projet a été scindé en 2 budgets. La traversée urbaine côté rive droite aura nécessité 3 055 630 euros de financement supporté par l’Europe, la région Hauts-de-France et le département de l’Aisne. Les surfaces aménagées rive droite représentent 11 400 m2. Rive gauche le budget représente 8 332 270 euros financés par l’Europe, la région Hauts-de-France, le département de l’Aisne et Grand Soissons Agglomération. 28 855 m2 ont été aménagés rive gauche.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagné dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Ils ont été très très nombreux. L'étude d'impact a été réalisée par le bureau d'études Sage Environnement. Les maîtres d'œuvre ensuite, l’agence TER pour les approches paysagères et le bureau d’études en ingénierie Infraservice en tant que co-traitant. Du fait de l’important patrimoine de la ville, les Architectes des bâtiments de France ont été sollicités, comme le service régional de l’archéologie. Les services techniques de la ville, de l’agglomération Grand Soissons. Les bureaux d’études géotechnique et spécialisé en ouvrage d’art. Les VNF, le syndicat du bassin versant de l’Aisne navigable, le syndicat de la Crise (rivière affluent), les associations de pêcheurs, les experts conseil en arboriculture, l’ONF, la DDT et notamment le service de prévention des inondations… La liste donne vraiment l’envergure du projet et l’interconnexion entre de nombreux sujets.